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Homélie pour l'Épiphanie - année A - 2025

par l'abbé Gad Aïna

Frères et sœurs dans le Christ,

 

En cette belle fête qui couronne la joie de Noël, je vous propose de méditer sur la pédagogie de Dieu. Dans la pédagogie, il y a un pédagogue, celui qui conduit, et celui qui bénéficie de la pédagogie. La pédagogie crée chez ce dernier une dynamique, un mouvement intérieur et extérieur qui conduit à un état, une situation voulue par le conducteur ou pédagogue.

 

Un premier point qui vient à l’Esprit spontanément et qui peut faire l’objet d’une réflexion sur toute les fêtes : Noël est la disposition de Dieu de révéler le mystère de son Fils incarné par étapes et selon les audiences. Cette pédagogie conduit chaque homme, chaque culture et chaque croyance, suivant ses codes, à entrer en contact avec le Fils de Dieu incarné. Aux bergers, l’Ange qui porte la Bonne Nouvelle de la naissance de Jésus donne le « signe » de l’enfant emmailloté dans une mangeoire. Aux Mages et à ceux qui scrutent le monde, Dieu donne le signe de l’étoile. Ils l’affirment devant Hérode : « Nous avons vu lever son étoile ! ». Aux croyants et aux fils des Prophètes, Dieu donne l’Écriture. Cette pédagogie reprend les codes de compréhension et d’interprétation de chacun, de chaque culture et même de chaque croyance. Dieu, en effet, montre aux savants, des calculs astronomiques, aux mages la destinée lumineuse, aux bergers une mangeoire d’animaux et aux croyants le signe du livre saint.

 

Dieu donc s’adapte à l’homme pour se révéler à lui. S’il y a autant de chemins vers Dieu que d’hommes ou de cultures, c’est d’abord parce que Dieu est le Père qui enseigne et le pédagogue qui conduit l’homme, quel qu’il soit, par les chemins qu’il veut. On peut se rendre compte de plusieurs interpellations à partir de cette pédagogie divine. Le langage de Dieu nous invite à un pas en avant. Tous les chemins qu’il offre à l’humanité viennent auprès de sa Parole, écrite pour atteindre le Verbe Incarné.

 

Passer du signe à la réalité à laquelle il réfère : passer de la mangeoire à l’enfant, de l’Écriture ou de la prophétie au Chef et au Berger d’Israël, de l’étoile au roi qui vient de naître. Tous les chemins aboutissent à l’Enfant. Si Dieu a donc une pédagogie, et nous venons de nous en rendre compte, elle comporte une première étape, à savoir venir vers nous et adopter la forme la plus accessible par nous puis nous mener, nous emmener à son Fils. C’est donc pour nous amener à vivre une expérience réelle, vivante et concrète avec son Fils qu’il a semé dans le monde les signes du Verbe (signa verbi). 

 

Rencontrer l’Emmanuel : Dieu avec nous est l’objectif intermédiaire de cette pédagogie ; car si la pédagogie consiste à introduire dans la connaissance, cette introduction de Dieu provoque de notre côté une dynamique ou un double mouvement extérieur et intérieur.

Si la pédagogie consiste à mener, on ne peut mener une personne sans l’emmener. De l’intérieur chacun est invité à reconnaître la manifestation de la Gloire de Dieu. La première lecture le clame : « la lumière et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi…sa gloire brille sur toi ». Dieu s’est levé au milieu de son peuple ; sa Gloire s’est manifestée ; il a illuminé la terre : il est présent avec nous ! 

 

La pédagogie exige de reconnaître la présence de Dieu au milieu de nous, comme Saint Paul le dit, « Dieu m’a fait connaître le mystère du Christ ». A nous aussi, Dieu fait connaître son mystère. C’est une révélation de la profondeur même du cœur de Dieu. Et comme face à toute lumière, toute explication, toute révélation, notre cœur, notre esprit s’éveillent et avancent. 

Reconnaître Jésus, la Gloire de Dieu, l’accepter, constituent le mouvement intérieur. 

Le mouvement extérieur est aussi à un double niveau. Dans la première lecture, les appels à l’action exigeant un mouvement sont nombreux : debout ! Resplendis ! Regarde ! Lève les yeux et vois autour de toi ! Quelque chose se passe et notre pédagogue veut que nous n’en perdions pas une bribe. D’une part, s’éveiller, regarder, se lever, visent à poser un geste extérieur face au mystère dont on fait l’expérience. D’autre part, se lever, voir, resplendir, reviennent comme des gestes face à un mouvement externe, comme une migration, un exode.

 

Il est vrai que la prophétie renvoie au retour des exilés qui reviennent au temple de Jérusalem en reconstruction. Il est vrai aussi que nous y percevons le peuple de Dieu dispersé par toute la terre, les croyants que Dieu appelle à lui dans son Église, édifice éternel en construction avec les pierres vivantes de toutes races, langues, peuples et nations. Il est vrai surtout que ce passage montre tous les chrétiens de tous les temps que Dieu appelle dans un cortège infini au cours des âges et qui marchent vers la Jérusalem céleste qui sera elle-même la manifestation complète et définitive de Dieu. Ces deux derniers aspects se justifient dans la deuxième lecture quand saint Paul écrit : « ce mystère, c’est que dans le Christ Jésus les païens ont part à l’héritage, qu’ils sont incorporés, et qu’ils jouissent de la même Promesse ». À l’Épiphanie, la Gloire de Dieu qui se manifeste crée et attire l’universel mouvement vers lui : un mouvement qui bouge et attire toutes les nations vers le Verbe éternel. 

 

Frères et sœurs dans le Christ, le rappel de cette pédagogie divine nous amène à nous concentrer sur les moyens de la foi dans l’Église d’aujourd’hui pour nous parler de Jésus. Il nous faudra donc redécouvrir et accueillir à nouveaux frais, la Gloire de Dieu qui se manifeste dans le Fils Jésus. De plus, à partir de la pédagogie que Dieu offre à notre temps, nous sommes invités à aller à la rencontre de Jésus, de le voir, de l’adorer et de lui offrir nos présents. Pour revenir sur la dynamique des peuples qui se mettent en route à cause de la manifestation de Dieu pour constituer l’Eglise, nous devons être dans l’action de grâce puisque Dieu rassemble son peuple de toutes races, peuples, langues et nations. Permettez-moi de finir cette méditation en remettant à l’honneur le signe que nous sommes appelés à être.

 

Les savants venus d’Orient après la rencontre avec le Christ repartent par un autre chemin. Ils ne suivent plus une étoile, ils ont vu le Verbe de vie. Ils ne suivent plus une destinée, ils ont adoré le Verbe fait chair. Après cette rencontre, ils n’ont plus besoin d’une étoile, car avec la foi et l’adoration, ils possèdent en eux celui qui est la Vérité, la Voie et la Vie. Ils repartent par un autre chemin, devenant des signes vivants d’une vie renouvelée. 

 

Je disais finir par ce point : puissions-nous à cette fête, ressortir de cette célébration par des chemins renouvelés ; puissions-nous après l’adoration et notre expérience de foi, être dans le monde des signes vivants de l’Emmanuel, afin que s’éveillent les membres dispersés de son peuple qui n’attendent que notre manifestation.

 

Amen !