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Homélie pour le Baptême du Seigneur - année A - 2025

par l'abbé Gad Aïna

Frères et sœurs dans le Christ,

 

Dimanche dernier, nous avons célébré l’Épiphanie ou la manifestation du Fils de Dieu incarné, à tous les peuples qui se lèvent pour aller vers lui ; et ce mouvement universel a été signifié par les mages. Je voudrais, ce dimanche aussi, demeurer dans cette lecture de manifestation ou de mise en lumière. Le baptême du Seigneur clôture le temps de Noël et peut être médité, les textes de ce dimanche s’y prêtent comme une mise en lumière, une manifestation.

 

La première lecture, tirée du livre du prophète Isaïe, nous propose un passage du premier chant du serviteur. Dans la première partie de cette apparition, c’est Dieu lui-même qui parle de son serviteur pour le présenter au monde. Et dans la deuxième partie du texte, le Seigneur s’adresse à ce serviteur. Lorsqu’il se met à parler de son serviteur, Dieu le met en lumière et le révèle. Il commence par « voici ». Il le présente ; il le désigne comme son serviteur et son élu, il exprime la joie que ce dernier lui procure. Cette joie est double : ce que Dieu accomplit en lui et dont il est fier, et ce que le Serviteur accomplira pour Dieu et dont Dieu est encore plus fier. De plus, le Seigneur indique qu’il est lui-même le consécrateur qui fait descendre l’Esprit sur le serviteur. Il n’a pas une onction d’huile par une imposition humaine. Il explique ensuite son attitude et le rôle qu’il assumera. Il aura un souci particulier du roseau froissé et du lumignon qui est prêt à s’éteindre. De cette mise en lumière du serviteur, ressortent trois points essentiels : sa personne ou sa figure, sa consécration et sa mission. Les qualités du serviteur sont l’humilité, la proximité vis-à-vis des faibles, l’acteur de la vérité, du droit et de la justice.

 

Ces points se retrouvent également lorsque Dieu parle à ce serviteur dans la deuxième partie de l’oracle. Dieu lui explique son choix, sa vocation à l’humilité, comment il l’a créé dans ce rôle de serviteur, la protection qu’il lui a accordée et le projet pour lequel il veut l’utiliser : « Moi, le Seigneur, je t’ai appelé pour la juste cause, et je t’ai pris par la main et je t’ai façonné ; j’ai fait de toi l’alliance du peuple, la lumière des nations ».

 

Dieu veut montrer son serviteur, son élu. Dieu veut montrer comment il l’a façonné, gardé, consacré. Dieu veut montrer comment il va l’utiliser comme lumière, comme réalisateur de l’Alliance. A ce niveau, un détail est frappant dans le passage. Le serviteur qui n’écrase pas le roseau froissé, celui qui n’éteint pas la lampe est pourtant le Fort. En effet, il ne faiblira ni ne sera abattu, littéralement : il ne sera ni éteint ni froissé. Sa douceur ne sera donc pas de la faiblesse. Par sa persévérance, sa patience, cette force des faibles, il poursuivra son œuvre sans défaillance jusqu'à ce qu'il l'ait achevée. Voilà pourquoi il fait déjà la joie de Dieu qui nous parle de lui et lui parle de ce qu’il représente, de sa consécration et de sa mission, y compris des qualités dont il l’a comblé et comment il mènera à son terme la mission.

 

Les détails de cette première lecture nous sont donnés comme des repères pour relire l’évangile du baptême du Seigneur. Dieu met en place une scène dans laquelle il présente son Fils, il le révèle comme son serviteur et son élu. Il le dévoile comme son Bien-Aimé. Il n’indique pas seulement qu’il l’aime. En effet, il affirme publiquement qu’ il est l’objet de sa complaisance.

 

Dans l’Évangile, vous l’aurez remarqué, nous avons deux parties après une introduction de Jésus dans l’univers de Jean-Baptiste : 

La première partie est un dialogue dans lequel Jésus échange avec Jean. L’avis de Jean impose la supériorité de Jésus, le Fort. Jésus se montre donc comme le puissant qui vient au niveau des faibles et des petits, ici les pécheurs. Ce faisant, non seulement apparaît clairement qu’il n’a pas besoin du baptême mais qu’il se fait humble avec les froissés et ceux qui semblent s’éteindre. La supériorité de Jésus suggère aussi la différence du baptême qui sera la sien, supérieur à celui de Jean. Malgré cette différence et cette supériorité, Jésus se soumet. C’est l’attitude de celui qui se fait serviteur et obéit. Il obéit à la justice de Dieu. Il dit à Jean l’ordre qu’il a adopté pour accomplir ce qui est juste. Jean s’exécute.

 

La deuxième partie de l’évangile constitue l’intervention céleste. Dieu intervient solennellement. Les cieux s’ouvrent pour qu’il se rapproche et fasse entendre sa voix. Cette orchestration rend la scène publique. Dieu montre son élu. Il le désigne, « celui-ci ». La foule n’est pas mentionnée mais l’adresse est claire et nous est destinée. En entendant « celui-ci est mon Fils », nous entendons Dieu reprendre « tu es mon Fils » dans le psaume deuxième. Le bien-aimé, le choisi, l’élu, est un oint royal, il est le Fils de Dieu qui se fait esclave, serviteur pour sauver et réaliser la Nouvelle Alliance.

 

Frères et sœurs dans le Christ, dans le baptême de Notre Seigneur Jésus-Christ, Dieu nous révèle qui est Jésus, comment il l’a façonné ; il dévoile comment il l’a oint de son Esprit, quelle est la mission qu’il lui a donnée et comment l’accomplir. 

 

Vivre cette fête avec une pareille méditation nous oblige à revisiter nos baptêmes, les grâces que nous avons reçues de Dieu, les vertus que nous sommes appelés à développer, la mission que Dieu nous a confiée pour nos frères et sœurs. On ne peut pas alors ne pas se souvenir de cette célèbre phrase de Saint Jean-Paul II : « Qu’as-tu fait de ton baptême ? » Qui es-tu devenu ? Ceux qui reçoivent le baptême, que deviennent-ils ? Qu’est-ce que je fais de l’Esprit qui a été répandu dans mon cœur ? Ai-je conscience de la mission que j’ai reçue ? Comment j’aide les autres à entrer dans la conscience de leur vie de baptisés ? 

 

À chacun, Dieu donne de devenir le bien-aimé en qui il veut se complaire, un serviteur, ou une servante qui fait sa joie. Il prépare chacun et lui donne le meilleur pour accomplir sa volonté. Remettons en lumière notre baptême. Remettons en lumière la confiance que Dieu a en nous et la joie qu’il attend de nous. Remettons en lumière nos grâces reçues. Remettons en lumière notre foi et notre service. 

 

Heureux le serviteur ou la servante que le maître en arrivant trouvera debout, éveillé(e) et à sa tâche !