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Homélie pour le 2ème dimanche ordinaire - année A - 2025

par l'abbé Gad Aïna

Frères et sœurs dans le Christ,

 

 

Dimanche dernier, nous avons célébré le baptême du Seigneur. Me basant sur la première lecture (Isaïe 42,1-4,6-7), premier chant du Serviteur, j’ai expliqué que Dieu accomplissait une manifestation, une mise en lumière de Jésus comme son Fils et son Serviteur. En effet, Dieu apparaissait et parlait de son Serviteur qu’il avait façonné et élu, ce serviteur qu’il avait consacré et sur lequel repose son Esprit, et ce serviteur qui avait pour mission d’aller vers les plus faibles, de les relever, de les sauver, ce qui faisait la grande joie de Dieu. La mise en lumière de ces trois points essentiels, la facture du Serviteur (création et élection), sa consécration et sa mission, était l’objectif de cette orchestration de Dieu au baptême de Jésus par Jean. Ce rappel, comme un repère,  relie les textes d’aujourd’hui à ceux de dimanche dernier.

 

Je voudrais méditer avec une insistance particulière sur la mission du Serviteur. La première lecture de ce jour est une partie du deuxième chant du Serviteur (Isaïe 49,3.5-6). Un aspect important des chants du Serviteur est que le serviteur peut être compris comme une personne (le Christ) ou comme le peuple de Dieu (Israël). Cette double interprétation personnelle et collective jette une lumière sur la mission du Serviteur. 

 

Le peuple de Dieu est lui-même le serviteur de Dieu mais le Serviteur est la figure du peuple. Il vient du peuple. Ses œuvres sont liées au peuple et sont destinées au salut du peuple et donc pour le bien de ce dernier. Le peuple est également appelé au même dessein que le Serviteur qui est sa figure. L’unique Sauveur n’est jamais un Sauveur seul : Jésus, Verbe de Dieu fait homme, a voulu faire corps avec une minorité qui croit, qui souffre et persévère, préparant le salut du monde. Le destin du serviteur est aussi le destin du peuple tout entier.

 

Dans la première lecture, le prophète, parlant des exilés à Babylone, met sur leurs lèvres une action de grâce à Dieu qui les a choisis de façon très spéciale pour une mission exceptionnelle. Cette vocation prophétique, Dieu la met en route dès le sein de la mère du Serviteur qu’il façonne. Dieu fait de lui l’acteur de ce rassemblement du peuple où qu’il soit dispersé. Et ce n’est pas tout : Dieu compte sur ce petit groupe d’exilés pour porter la lumière aux nations. Le peuple libéré sera à son tour serviteur : c’est la mission. Les Juifs seront, à travers le monde, les messagers du Dieu unique et de sa Loi. Ceux qui auront accueilli le Christ appelleront à leur suite les païens à la foi, et l’Esprit sera donné aux croyants pour rassembler le peuple de Dieu qu’est l’Eglise de tous les temps et de toute la terre. Ce peuple humilié est la flèche cachée dans le carquois de Dieu, le dernier recours et l’arme absolue du Seigneur. A travers lui Dieu manifestera sa folie, plus sage que les sagesses humaines (1Co 1,21).

 

Dans la deuxième lecture, Saint Paul montre que sur décision de Jésus-Christ, il a été appelé par Dieu. Il est envoyé au peuple de Dieu ou à l’Eglise qui est à Corinthe. Il précise que les membres de ce peuple sont sanctifiés, c’est-à-dire choisis et mis à part par Dieu. Et ils sont également appelés à la sainteté. A partir d’eux, le Salut ira à tous ceux qui, partout, invoqueront le Nom de Jésus. Nous voyons bien Jésus qui est le Serviteur de Dieu. Il s’associe des apôtres missionnaires qui rassemblent à leur tour le peuple de Dieu. Les membres de ce peuple sont aussi choisis et mis à part. Ce peuple de choisis et de saints, dans sa réponse à l’appel de Dieu, répandra partout le Salut de Dieu. Ainsi Dieu se fait-il un serviteur qu’il envoie. Ce serviteur rassemble les croyants, leur apporte sa lumière et ceux-ci deviennent à leur tour des serviteurs. Le destin du serviteur est à la fois celui de sa figure qu’est le Christ et celui de tout le peuple des saints.

 

Dans l’Évangile, vous retrouvez tous les éléments du baptême de Jésus que nous avons médité dimanche dernier. Le passage, en lien avec ce que nous développons aujourd’hui, est celui-ci : « Voici l’Agneau de Dieu, celui qui enlève le péché du monde ». Dans la langue des Juifs, en l’occurrence l’araméen, ‘tajla’ peut signifier à la fois serviteur et agneau (cf. Is 40,11). Jean, en appelant Jésus l’Agneau, dévoile que Jésus est le Serviteur de Dieu annoncé par les prophètes. L’Agneau, pareillement, renvoie aussi au Sacrifice Pascal, célébration mémorielle de la libération d’Égypte et donc de l’esclavage et du mal. Jean le Baptiste, en désignant Jésus comme l’Agneau de Dieu, montre ainsi le serviteur qui devait se sacrifier pour ses frères. Réalisant la nouvelle alliance par son sacrifice sur la croix, Jésus, le Serviteur, est aussi l’Agneau authentique qui remplace l’agneau pascal. Il est l’élu, le consacré de Dieu et telle est sa mission. Mais l’ampleur de la mission dépasse le seul peuple d’Israël. Jean dit bien qu’il enlève les péchés du monde, c’est dire des juifs et des païens. 

 

Frères et sœurs dans le Christ, Jésus sauve car il est le Fils de Dieu qui accomplit toutes les prophéties de l’Ancienne Alliance au sujet du serviteur. Agneau de Dieu, il se sacrifie pour nous sauver. Son sacrifice pour tous les hommes et toutes les femmes nous entraîne dans son sillage. Nous constituons son peuple de saints appelés à la sainteté. Nous sommes le peuple racheté qui vient du monde libéré par lui. Le Salut crée un peuple pour Dieu et ce peuple a la même destinée que son sauveur. De cette manière, seul chacun de nous est aussi serviteur de Dieu appelé à poursuivre la mission du Christ Jésus. Ensemble, nous constituons le serviteur qui répand la bonne nouvelle et travaille au Salut de ceux qui attendent la manifestation de Dieu.

 

Ce dimanche donc, après le baptême du Seigneur, la mission qui ressort des textes nous rappelle notre engagement à être serviteur et à rassembler le peuple de Dieu, à être agneau c’est-à-dire vivre le sacrifice d’une manière ou d’une autre pour rendre présent le Salut de Jésus. Nous comprenons qu’en le faisant tous, l’Église, ou tout le peuple de Dieu, devient partout le serviteur qui actualise le Salut de Jésus. 

 

Demandons cette grâce d’être chaque jour et partout autour de nous, ces personnes qui se mettent au service de la communauté, ces personnes qui s’engagent et se sacrifient pour le bien de tous, ces serviteurs et servantes qui rassemblent et qui ne divisent pas. Soyons ce peuple de saints qui révèle par la joie et le bonheur d’être ensemble, la lumière que Dieu vient répandre et dont nous sommes porteurs. Celui qui porte la lumière ne peut pas créer l’obscurité. Celui qui porte la lumière éclaire et révèle le bien dans les autres. Que durant cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens, nous puissions prier pour devenir des serviteurs rassembleurs et martyrs du peuple de Dieu.

 

AMEN !