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Homélie pour le 5ème dimanche ordinaire - année A - 2026

par l'abbé Gad Aïna

Frères et sœurs dans le Christ,

 

Depuis Noël, nous avons longuement repris le thème de la lumière. Pour ce dimanche, on ne saurait y échapper. En trois points rapides, on peut trouver la constitution en lumière : « Vous êtes la lumière du monde ». On peut ensuite méditer sur la position avantageuse de la lumière et enfin sur le rayonnement ou la diffusion de cette lumière que nous sommes et que nous sommes appelés à être. Je voudrais cependant reprendre à mon compte, et pour vous, trois notions, en rapport au sel pour mieux comprendre les propos de Jésus.

D’abord, le sel donne du goût. Il rend les repas savoureux, il satisfait le palais. Les anciens avaient d’ailleurs perçu son importance au point que le sel représentait le moyen d’échange du travail. Voilà pourquoi nous parlons jusqu’à aujourd’hui du salaire. Si Jésus nous caractérise par le sel, il veut que nous donnions le goût de Dieu au monde. Notre rôle consiste à rendre savoureuse l’existence pour les hommes, même jusqu’à penser à les pourvoir du nécessaire pour vivre. Redonner de la vie, de la joie, devenir une réalité vitale, incontournable pour les hommes : du sel. Et pour cela, il faut que le sel se répande, qu’il se dissolve, entre en contact avec et change les mauvais goûts du monde.

 

Ensuite, le sel conserve. La deuxième action du sel dans l’Antiquité et jusqu’à nos jours est la conservation. Le sel fait durer les aliments. Il les empêche de se décomposer. Avec les minéraux qu’il contient le sel conserve. Être sel dans le monde, nous dit Jésus, c’est travailler à conserver le monde, car livré à lui-même, il court à sa perte et à son altération. Pour cela il faut que le sel pénètre tous les endroits du monde, et œuvre à la conservation des hommes et de la réalité contre la putréfaction, le pourrissement. Ce rôle de conservation est en lien avec la troisième fonction du sel : une action d’assainissement.

 

Le sel, enfin, réalise l’assainissement. Cette fonction purificatrice, nous l’utilisons encore dans la liturgie, au début de la messe, pour l’aspersion. Le prêtre bénit le sel et comme le prophète Elisée qui en avait jeté dans les eaux pour les assainir et en guérir la stérilité, le prêtre le mélange avec l’eau et prie pour obtenir salubrité et santé du corps et de l’âme des fidèles. Vous savez aussi que la pratique de l’exorcisme utilise le sel béni pour chasser et purifier les lieux comme les personnes de la présence infecte du démon, du malin. Jésus, en nous disant « vous êtes le sel de la terre », nous demande d’assainir le monde par notre présence, nos paroles, nos prières et nos actions et d’y faire advenir la salubrité du ciel, la sainteté. 

 

Ces trois points en lien avec le sel que sont le goût, la conservation et l’assainissement se retrouvent dans la perception de l’Alliance. Frères et sœurs, dans l’Ancien Testament, le sel marque la valeur durable du contrat de l’alliance que Dieu établit avec son peuple (Nb 18,19). Ainsi, affirmer que l’alliance de Dieu avec David est une alliance de sel (2 Ch 13,5) signifie que l’acte de Dieu est perpétuel et que sa promesse est inextinguible. D’ailleurs les actes à poser dans ce sens abondent dans la première et la deuxième lecture. Nous avons à les relire pour nous en inspirer. Je voudrais toutefois rebondir sur cet aspect de l’alliance à laquelle je voudrais rattacher la parole de Jésus.

 

Il s’agit pour nous chrétiens de donner de la saveur, de pénétrer le monde du goût de Dieu. L’appellation « vous êtes le sel de la terre » signifie œuvrer à conserver notre monde dans l’alliance avec Dieu, de l’assainir de tout ce qui est contraire à cette alliance et qui désintègre le monde. Il nous faut être ces personnes qui, en vertu de l’alliance, purifient le monde par notre dire et notre faire et ceci de manière durable, sans discontinuer. Jésus en effet, laisse penser que face à l’adversité, aux difficultés, il faut garder son mordant, il ne faut pas s’affadir. Et au lieu de montrer ce qui pourrait advenir au monde en l’absence du sel, il indexe plutôt la tragédie du sel qui n’est plus sel. Ainsi lorsque le chrétien que nous sommes refuse d’être le sel, il ne nuit pas seulement à sa mission, il perd son identité, sa nature profonde. Il ne vaut plus rien car il n’est plus en lien avec les béatitudes du Royaume.

 

Frères et sœurs dans le Christ, dans l’Évangile, Jésus pose la question « comment redonner du mordant au sel ? » ; car s’il perd sa nature, il est bon à être jeté. Jésus nous montre la gravité de délaisser la mission au point de noyer son identité de chrétien à ne plus rien faire. Mais jeudi dernier, une lecture de ce passage m’a charmé et je viens la partager. Un des membres du groupe de prière Saint Jean Paul II a affirmé que l’on pouvait saler le sel que nous sommes. Voici son argumentaire : qui est le sel ? Nous. Si le sel on ne peut le saler, nous, si nous sommes fades, la présence, le soutien, le bon exemple et la prière de nos frères, l’action de l’Esprit Saint peuvent nous encourager, nous amener à nous relever et donc à nous resaler. C’est montrer la puissance de l’Esprit de Dieu, la force du frère et de la sœur, c’est montrer du doigt le pouvoir d’une communauté qui porte. 

 

Alors que la nature du sel nous amène à nous tourner vers le monde, cette lecture nous interpelle sur notre manière d’être sel déjà dans la communauté. Cette lecture nous éclaire sur notre devoir vis-à-vis de la salaison ou de la qualité du sel que notre frère ou notre sœur constitue. Nous pouvons donc être resalés et en collaborant avec la grâce, retrouver ce mordant.

 

Soyons sel pour le monde, soyons sel les uns pour les autres !

 

Amen