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Homélie pour le 6ème dimanche ordinaire - année A - 2026

par l'abbé Gad Aïna

Frères et sœurs dans le Christ,

 

Ce dimanche nous donne de méditer plusieurs aspects importants de la vie chrétienne. Je vous propose de les méditer à travers un mot : authenticité (originalité, incontestabilité). En quoi la vie du chrétien à la suite de Jésus est-elle authentique ? Souvent on s’entend dire que la loi de l’amour est essentielle et que cela suffit. Ce dimanche nous interpelle à plusieurs égards. Quel est l’environnement de la Loi que Dieu donne ? Sa source ? Quel est son critère ? Les réponses nous plongent dans l’authenticité de la vie ou de la morale chrétiennes que je vais aborder brièvement.

 

Pour l’environnement, retenons pour commencer que le Seigneur ne nous oblige pas ! Dans son alliance avec nous, Dieu ne nous force pas. Il ne veut pas que nous soyons des esclaves contraints en face de lui mais des femmes et des hommes libres. La première lecture (Si 15, 15-20) nous le rappelle. « Si tu le veux » ou encore fais « l’une ou l’autre option selon ton choix ». Dieu veut des croyants libres, responsables, capables d’opérer un choix : mais un seul. Le choix est la preuve de cette liberté que Dieu Tout-Puissant, préserve. Toutefois, le choix suppose que nous soyons en face de plusieurs possibilités : symbolisées par l’eau, la vie pour les commandements ou la volonté de Dieu d’un côté et de l’autre côté, le feu, la mort pour l’impiété ou la folie.

Dieu nous invite donc à choisir sa sagesse mais sans nous y forcer. Il montre bien le danger, la folie de ne pas le suivre. Il montre la perdition si on ne le craint pas. Il explique le bonheur de le suivre fidèlement, la béatitude lorsque l’on marche suivant ses préceptes. Saint Paul explique par ailleurs dans la deuxième lecture (1 Co 2,6-10) que cette sagesse est inaccessible au monde. Dieu, sachant qu’il nous est impossible, par nous seuls, de le joindre et de vivre selon lui, nous révèle sa Parole, nous éclaire sur ses commandements et demande notre réponse engagée. Saint Paul nous rappelle que cette révélation est préparée par Dieu et pour ceux qui l’aiment. Il est donc la source d’un choix c’est-à-dire un oui à son appel et à sa sagesse, un non au message et à la folie du monde.

 

En quoi ce message est-il authentique, original, unique et incontestable ? Je vous soumets trois lignes pour vérifier cette authenticité.

 

La première ligne est la nouveauté. La Loi est nouvelle car elle vient après l’Ancienne. Son auteur est le nouveau Moïse sur la montagne, Jésus. La source de la Loi n’est plus les tables mais la personne de Jésus même. L’insistance penche vers le cœur et non vers la pratique. L’enseignement n’est plus le commandement écrit mais la Parole de Jésus. On ne définit plus le péché seulement comme un acte, il est perçu jusqu’à sa source profonde, jusqu’à sa pensée, son intention. On ne regarde plus seulement le péché, ni la justice, pour valider un acte extérieur, on est obligé d’analyser l’être intérieur. On n’est plus appelés à suivre des commandements, la Loi Nouvelle appelle à vivre sous la grâce de l’Esprit Saint. On n’est plus invités à entrer dans la Terre Promise de la Palestine, on est promis à la béatitude dans le Royaume des Cieux.

 

La deuxième ligne est le dépassement. La Loi nouvelle dépasse l’ancienne. Jésus dit qu’il l’accomplit. S’il l’améliore et la mène à sa perfection, c’est qu’elle est imparfaite. En affirmant : la Loi vous dit ou encore il vous a été dit mais moi je vous dis, Jésus ne s’établit pas seulement comme Dieu et législateur, il définit les conditions et les commandements de la vie en Dieu. La Parole de Jésus est donc au-dessus de la Loi. La conversion du cœur dépasse et est première aux efforts extérieurs. Alors que la Loi identifiait le péché, l’Esprit met à nu le péché et donne la force de l’accomplir en nous. Le Royaume est plus grand et plus spirituel. Il est le Royaume des Cieux et non plus un pays, une terre promise, mais la vie en Dieu.

 

La troisième ligne est l’intériorisation ou la spiritualisation de la vie chrétienne. La vie extérieure doit être le miroir de la vie intérieure. La justice ne s’obtient pas en posant un geste mais en agissant d’abord sur soi-même intérieurement à être pur, uni à Dieu et saint. Tant mieux parce que nous comprenons qu’il n’existe pas de vie chrétienne avec la seule volonté de faire le bien. Nous saisissons que l’investissement dans des œuvres de bonté ou de charité n’est vrai et total qu’avec le support de la vie mystique, qu’avec le soutien de cet Infini qu’est Dieu lui-même. Sans lui la pratique du bien tourne autour d’un idéal moral qui demeure dans le confinement de la survie, de la rationalité et n’effleure que faiblement la charité divine. Nous déchiffrons que c’est seulement greffé sur lui et uni à lui que cette vie chrétienne véritable est possible.

 

Frères et sœurs, ce passage nous démontre l’infini de la perfection à laquelle Dieu nous appelle, sa profondeur inouïe. Je perçois l’émotion que nous pouvons ressentir. De fait, face à cette exigence d’infini, nous sommes dépourvus. Eh bien tant mieux !

 

Aujourd’hui notre communauté célèbre Sainte Bernadette, une analphabète pieuse et ouverte à la sagesse de Dieu, une servante de la Sainte Vierge Marie, une missionnaire de son Immaculée Conception. Elle est la preuve vivante et incorruptible de la sagesse de Dieu. Dans la logique de ce choix auquel Dieu nous fait face, je voudrais rappeler un épisode de sa vie. Quand elle annonce qu’elle a vu la Vierge et qu’elle dit son nom, elle, une bergère inconnue qui sait lire au point de défendre un dogme affirmé quatre ans plus tôt, les auditeurs, prêtres et évêques, savants, scientifiques, hommes de lettres ne la croyaient pas. Et elle leur dit cette phrase que je vais vous répéter : « Je suis chargée de vous le dire pas de vous le faire croire ». Aujourd’hui, le Seigneur nous adresse sa volonté par sa Parole. C’est à nous de croire, c’est à nous de compter sur lui pour accomplir dans notre vie cette Loi qu’il a portée à sa perfection. Que par l’intercession de Sainte Bernadette Soubirous, puissions-nous opérer, dans la vérité renouvelée chaque jour, le choix de la vie authentique à laquelle la sagesse jusqu’au-boutiste de Dieu nous appelle librement mais totalement !

 

Amen