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Homélie pour le 3ème dimanche de Carême - année A - 2026

par l'abbé Gad Aïna

Frères et sœurs dans le Christ,

 

Depuis quelques dimanches, avant d’aborder le point central de l’homélie, je vous propose des lignes de lecture des textes du dimanche. En ce jour des droits de la femme, en effet, vous pouvez relire le texte de l’évangile à partir des préoccupations de la Samaritaine. Vous pouvez également le méditer comme un chemin de catéchèse parcouru par la femme et les Samaritains. S’il est également possible, en lien avec la première lecture, de voir en Jésus le rocher d’où sourd l’eau vive, je voudrais, à partir du dialogue, voir plutôt comment le visage du Christ se révèle progressivement dans les noms qui lui sont attribués par la femme samaritaine, les disciples, les Samaritains ou Jésus lui-même. Ce bref parcours nous permet, frères et sœurs, de plonger dans la source abondante de la révélation de la personne de Jésus.

 

Le passage de Jésus dans le village de Samarie offre cette scène que nous contemplons aujourd’hui avec fascination. Le premier nom qui est donné à Jésus par un voyageur qui demande de l’eau est : « juif » ; « Vous êtes juif » dit la Samaritaine, reprenant par ce nom les divisions ancestrales de deux peuples qui partageaient les mêmes promesses, et le même sauveur à venir. Jésus est donc juif. Quand ce juif demande à boire, la Samaritaine s’inscrit dans cet héritage de division. Mais quand le juif Jésus lui parle de l’eau qu’il donne et une eau qui serait vive et étancherait la soif pour toujours, elle pressent et l’appelle Seigneur.

 

Cette deuxième appellation a plusieurs connotations : « Seigneur » est effectivement le nom donné à Dieu pour ne pas appeler son Nom, innommable. Seigneur est également le titre que l’on donne à un homme en général, comme aujourd’hui encore « Monseigneur », forme allongée de monsieur. Seigneur enfin, est le nom qu’une femme pourrait donner à son époux. Jean laisse s’enflammer l’ inventivité de notre esprit pour retrouver tous ces éléments dans la personne de Jésus.

 

Jésus le juif  est donc plus grand que Jacob et l’eau qu’il donne n’est pas seulement d’un puits mais d’une source. De cette source coule de l’eau vive qui apaise les soifs de l’existence et en cela il se montre Seigneur, comme Dieu qui seul peut apaiser un tel besoin. Il se montre aussi comme l’époux de notre vie, celui qui pourvoit et satisfait les besoins de l’épouse affolée ou perdue que nous sommes.

 

Quand alors Jésus, le juif, Seigneur, lui éclaire la qualité divine, vive et éternelle de l’eau qu’il donne, la femme veut de cette eau. Cependant, il lui ouvre le livre de la vie de la Samaritaine, qui reconnaît en Jésus un prophète, un homme venu de Dieu et qui parle en son nom. Elle s’évertue à poser des questions à Jésus, ce qui transforme sa soif physique en soif de l’intelligence de la foi. Puis, comme si elle percevait timidement mais sans se l’avouer, elle reconnaît que le Messie, quand il sera là, dévoilera et enseignera toute chose. 

 

Jésus se nomme avec le « Je suis » divin  et dit à la Samaritaine qu’il est le Messie. Le Messie qu’il est ne vient pas seulement de Dieu, il n’est pas seulement oint par Dieu, il est Dieu lui-même. Après l’arrivée des disciples, la femme court donc annoncer à tout le village que Jésus est prophète et messie.

 

Les disciples de Jésus voient en lui la personne qu’ils connaissent, Jésus, l’homme qui avait soif et à qui ils apportent de la nourriture car ils savent qu’il a faim. Ce Jésus là, qu’ils sont surpris de voir parler avec une femme, qui, pis est, une samaritaine, est cependant leur maître auquel ils s’adressent en disant : « Maître, mange ! »

 

Mais Jésus le Fils de Dieu mange d’abord la volonté de son Père, sa soif à lui est que tous les hommes connaissent son Père qui sème dans le cœur de tous les hommes et attend d’en récolter les fruits. Jésus se présente donc lui-même comme le moissonneur qui vient récolter ce que son Père a semé. Dans un autre sens plus bas, en parlant à ses disciples, il se désigne comme le semeur (v.37) et appelle ses disciples les moissonneurs qui viennent après les prophètes et qui ont peiné pour récolter la moisson de Dieu.

 

Le dernier nom que Saint Jean, dans cette page d’évangile, nous donne sur Jésus vient de la bouche des Samaritains venus trouver Jésus, venus l’écouter, venus croire en lui. Quand ils ont cru en lui, ils ont demandé à Jésus de demeurer avec eux. Et ils lancent cette affirmation : « Maintenant nous croyons, non pas à cause de ce que tu as raconté, mais parce que nous l’avons écouté. Nous savons qu’il est vraiment le Sauveur du monde ». Jésus est donc le Sauveur du monde. Entrons dans cette source de la connaissance de Jésus pour mieux l’aimer.