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Homélie pour le 4ème dimanche de Carême - année A - 2026

par l'abbé Gad Aïna

Frères et sœurs dans le Christ

 

Comme  dimanche dernier, je voudrais vous montrer comment Saint Jean nous découvre le visage de Jésus à travers les appellations qui lui sont attribuées ou qu’il se donne lui-même.

 

Dimanche dernier, à la faveur du dialogue avec la Samaritaine, j’invitais chacun à entrer en dialogue avec Jésus et à découvrir à partir de l’expérience qu’il a de lui, le nom qu’il pourrait donner à Jésus. Ce dimanche, je vous invite à voir comment, à l’occasion de la guérison de l’aveugle-né, Jésus nous ouvre les yeux sur le mystère de sa personne.

 

Lorsqu’avec ses disciples, Jésus croise l’aveugle, ceux-ci l’appellent « Rabbi ». Ils l’appellent ainsi pour savoir si la cécité du malvoyant, comme l’enseignent certains, vient du péché de ses parents. Jésus ne démontre pas qu’il est le maître. Il répond à la question et indique que l’occasion ait donnée de prouver qu’il est la lumière du monde. Il dit en effet : « Je suis la Lumière du monde ». C’est donc pour montrer qu’il est la lumière qu’il guérit l’aveugle. Il démontre ainsi qu’il éclaire le regard et redonne la vue puisque c’est lui qui les a créés. Il est la lumière qui permet de voir et il est le créateur de la faculté de voir la lumière.

 

Pour signifier cet acte de la création qui confirme le Créateur, Jésus, le maître qui est la Lumière, pose le geste de la création. Il réalise de la boue comme au commencement pour créer l’homme. Il applique cette boue sur des yeux qui n’ont jamais vu quoi que ce soit. Quand l’aveugle les nettoie à la piscine de Siloé (envoyé), ses yeux viennent d’être créés, emplis de la faculté de la vision.

 

Ensuite Jésus laisse le signe effectuer son parcours pour venir à lui. Accablé de toutes parts pour désigner son guérisseur, l’ancien malvoyant répond : « Celui qu’on appelle Jésus m’a guéri ». Ceux qui mènent l’interrogatoire lui demandent : « Où est cet homme ? ». Nous voyons donc le maître qui se désigne comme la lumière du monde et qui, pour le signifier, pose un geste en tant que Créateur, un être appelé Jésus, un homme tout simplement.

 

Ce qui suit est comme un réquisitoire afin de prouver que cet homme doit être pécheur. Le non-respect de la Loi l’éloigne de Dieu : trouble à la Loi de Moïse, tout y passe. Mais le plaidoyer confond le ministère du Temple. Le signe vient de Dieu. Dieu n’exauce pas les pécheurs, et donc en qualité de quoi aura-t-il accompli cela ? L’ancien aveugle qui maintenant voit, affirme : « C’est un Prophète », c’est dire un homme qui vient de Dieu, qui parle et agit au nom de Dieu. Mieux que cela, la rumeur dit à son sujet qu’il doit être le Messie, au point que les Juifs avaient déjà décidé d’exclure de la communauté tous ceux qui reconnaîtraient Jésus comme le Messie.

 

Dans cette ambiance où l’homme Jésus passe pour un homme de Dieu, un prophète et même un messie, sa figure de Rabbi revient. En effet, la quête intempestive des juifs et des pharisiens le pousse à leur poser la question suivante : « Peut-être voulez-vous devenir ses disciples ? ». Cette recherche là, semble dire le nouveau voyant, ressemble à une quête de disciples poussés par la quête de la vérité au sujet du maître.

 

Dans la tentative de réponse, les juifs embrayent sur un terrain qui éclaire un autre aspect de la personne de Jésus. Ils exposent leur certitude : « Nous savons que Dieu a parlé à Moïse, mais celui-là, nous ne savons pas d’où il sort ». Le nouveau voyant leur rétorque qu’il n’a pas seulement reçu une parole de Dieu. Il insiste : « Dieu écoute ceux qui respectent Dieu et qui font sa volonté.  Cet homme ne pourrait rien faire s’il ne venait pas de Dieu ». Jésus n’est pas un homme qui a reçu une parole de Dieu, il vient de Dieu-même.

 

Pour achever la révélation qu’il fait de sa personne, Jésus va à la recherche de celui qui, sans le connaître vraiment, a recouvré la vue mais sans rencontrer la Lumière. Ayant appris qu’on l’avait expulsé, Jésus va donc à sa rencontre et il lui demande : « As-tu foi dans le Fils de l’Homme ? ». Jésus se nomme ‘’Fils de l’homme’’ en personne, nom le Messie et interroge le nouveau voyant qui ne le voit pas encore totalement. Dans sa réponse, l’ancien aveugle devenu voyant répond : « Qui est-il, Seigneur, pour que je crois en lui ? ». Il nomme Jésus Seigneur, titre divin et alors il lui indique : « Tu le vois, c’est lui qui te parle ».  L’homme déclare : « Je crois, Seigneur. » Et il se prosterne devant lui, posant ainsi devant Jésus l’acte public d’adoration. Il affirme de sa bouche et adore de son corps le Fils de l’homme, le Messie, le Seigneur.

 

Pendant ce temps de carême, particulièrement les catéchumènes et nous aussi,  chacun est invité à quitter ce qui nous empêche d’accueillir le Christ comme lumière, à le laisser ouvrir nos yeux et être en nous source de la révélation de sa personne. Nous avons vu ces empêchements : la confusion de la foule, le doute des pharisiens, l’hésitation de l’entourage, la peur des parents, la crainte de la foule de reconnaître publiquement, la déconstruction des responsables. Tous ces freins se sont révélés vains face à la certitude tenace de l’ancien aveugle, guéri et convaincu, qui, progressivement, nous amène à voir en Jésus, le Rabbi, le Guérisseur, l’Homme de Dieu, le Prophète, le Messie, la Parole créatrice de Dieu, le Fils de l’homme, la Lumière du monde et le Seigneur Dieu digne d’adoration.

 

Je voudrais finir en rappelant les mots des Samaritains, dimanche dernier. Puissé-je les paraphraser pour en faire un vœu, une prière : Que ce ne soit pas ce que vous avez entendu du témoignage des autres ! Que cela vienne de ce que vous avez écouté Jésus ! Que cela vienne de ce que vous avez vu ! Que cela vienne de ce qu’il vous a guéri de l’aveuglement ! Que ce soit ce qu’il vous amène à comprendre de lui qui vous amène à lui donner un nom ; un nom d’une expérience particulière et personnelle !

 

Seigneur, fais nous voir ta Lumière, que nous te connaissions et que nous puissions t’appeler d’un nom d’amour, suivant ce que tu nous donnes de savoir de toi !

 

Amen