· 

Homélie pour le 5ème dimanche de Carême - année A - 2026

par l'abbé Gad Aïna

Frères et sœurs dans le Christ

 

Les deux derniers dimanches, nous avons essayé de retrouver, dans les appellations qui perlent le long des textes, le visage de Jésus et donc la révélation du mystère de sa personne. Ce dimanche, je voudrais seulement reprendre une appellation. Ce cinquième dimanche de carême, nous lisons le septième signe dans l’évangile de Jean : la résurrection de Lazare. Dans ce récit, Jésus est appelé de plusieurs noms à savoir : maître, Christ, Fils de Dieu, Fils de l’homme, Rabbi. Le nom qui est apparu en premier est « Seigneur ».

 

Ce nom revient sept fois dans ce passage de la résurrection de Lazare. Nous avions déjà expliqué que ce nom est réservé à Dieu seul et qu’on l’appelle ainsi puisqu’on ne peut citer son véritable Nom. De plus, ce nom « Seigneur » reporte tout ce que l’on peut penser de Dieu et que les interlocuteurs de Jésus lui confèrent le long du texte. Je ne veux pas revenir sur les passages. Mais vu le contexte de la résurrection, cela suggère que dans ce signe que Jésus donne, il démontre qu’il est Seigneur de la vie ; qu’il est Dieu et que c’est lui qui donne la vie et la maintient. C’est pourquoi, Lui qui est la vie peut la redonner au corps mortel de Lazare. Si Jésus n’avait pas le pouvoir de la vie, il ne saurait la donner. En donnant la vie à un corps qui pourrit, Jésus se révèle comme la source de la vie et la victoire sur la mort même après la décomposition du corps.

 

Vous savez aussi, frères et sœurs, que Jésus, en ressuscitant Lazare, en fait, donnait le moyen de la révélation de sa gloire. Jésus dit en effet à ses disciples que cette maladie ne conduit pas à la mort : c’est pour que la gloire de Dieu soit manifestée et que le Fils de l’homme soit glorifié. Si Jésus révèle la gloire de Dieu et s’en trouve glorifié, nous comprenons que la résurrection de Lazare devient signe de sa propre mort et de sa glorification ou de sa résurrection.

 

Pour comprendre le retour dans la gloire, il faut d’abord comprendre que Jésus s’est abaissé pour prendre notre chair car nous avons désobéi, nous avons fait le mal et que le péché a causé la maladie et la mort. Rappelons-nous, à cet effet, les paroles de Dieu au jardin de la Genèse : « parce que vous avez mangé du fruit de l’arbre, vous mourrez ». Ainsi, la maladie et la mort sont-elles les conséquences du péché. Jésus, le Verbe de Dieu, quand il a pris chair de notre chair, il s’est donc abaissé bien qu’il n’ait pas péché. S’il veut que nous percevions dans la résurrection de Lazare sa glorification, nous essayons alors de saisir que la résurrection de Lazare est le signe de son élévation. La mort par laquelle lui-même passera à l’instar de tous les hommes, et la résurrection qui le réveillera du sommeil de la mort, montrent que Jésus choisit cette voie si fragilement humaine pour devenir le Seigneur de la vie, victorieux de la maladie et la mort qui sont conséquences du péché. Ainsi va-t-il jusqu’au bout de l’abaissement pour prodiguer abondamment la vie qu’il possède en plénitude. Comme il demeure jusque dans la mort le Verbe de Lumière, Dieu né de Dieu, Lui le Seigneur Jésus se relèvera d’entre les morts.

 

Comme on peut le constater en troisième lieu, Jésus est Seigneur qui donne la vie car il donnera la vie éternelle. Nous l’avons dit en premier, il est Seigneur car il est le Verbe créateur qui donne la vie à tout ce qui existe, et même si ce qui existe est détruit ou se corrompt, Jésus peut lui redonner cette vie. Nous avons ensuite perçu dans la résurrection de Lazare comme signe de sa mort et de sa résurrection, que Jésus est Seigneur de la vie car sa vie c’est lui qui la donne et il est aussi capable de se redonner cette vie. Toutefois, tout le récit durant, les échanges visent à montrer un autre référent de ce signe, la résurrection de Lazare.

 

Jésus ne relève pas Lazare pour redonner une vie prête à mourir à nouveau. Alors que Marthe et Marie expliquent la résurrection des morts à venir, Jésus dit qu’il est déjà, là et  maintenant, la source de vie et le pouvoir actif de la Résurrection. La résurrection de Lazare est donc l’annonce, par-delà la propre résurrection de Jésus, celle de notre résurrection à tous.

 

Frères et sœurs dans le Christ, lorsque Jésus se présente comme le Verbe de vie, lorsqu’il se désigne comme Résurrection et qu’il faut croire en lui pour avoir la vie éternelle, il montre qu’il possède non seulement toute vie et le pouvoir de la maintenir, mais bien plus, qu’il nous donnera la vie qui n’aura pas de fin car il peut se redonner la vie et sa vie à lui est vie éternelle. Jésus en relevant Lazare d’entre les morts marque bien là sa victoire définitive sur le péché, le mal, la maladie et la mort. Cette victoire n’est totale et complète que dans la vie éternelle où Dieu vient à bout de tout ce qui s’oppose à Lui, à sa Vie.

 

Cette résurrection, Jésus la manifeste dès maintenant pour chacun des baptisés qu’il associe à sa vie, la vie de Dieu. La puissance de cette Vie qu’il est, demeure « l’Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie » comme nous le disons dans le credo. Cet Esprit, Saint Paul a dit qu’il a été répandu dans les cœurs de chacun des baptisés. Voilà pourquoi, collaborer dès maintenant avec l’Esprit c’est cultiver la vie et en posséder la garantie. Ainsi relisons-nous la deuxième lecture. St Paul dit : « si l’Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité Jésus Christ d’entre les morts, rendra aussi la vie à vos corps mortels, grâce à son Esprit qui habite en vous ».

 

Demandons au cours de cette Eucharistie la grâce de collaborer vraiment avec l’Esprit Saint qui nous a donné la vie de Dieu. Demandons que l’Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie  nous aide à lutter contre le péché, le mal de toute sorte et la culture de la mort. Qu’il fasse épanouir cette vie reçue du Christ en vie éternelle !

 

Amen