par l'abbé Gad Aïna
Frères et sœurs dans le Christ,
Avec la célébration des Rameaux, nous sommes entrés avec le Seigneur dans la célébration de sa Pâque, son passage de cette vie à la gloire qu’il avait avant de prendre chair dans le sein de la Vierge Marie. Permettez-moi de revenir un peu sur l’entrée du Christ à Jérusalem.
Dans ce geste, nous avons pris part au triomphe prophétique de Jésus qui entre dans la Cité Sainte. Nous ne reposons pas seulement un geste qui répète ce que les Hébreux ont fait à la vue de Jésus. Bien mieux, nous annonçons qu’il est le roi de son peuple. En entrant dans Jérusalem de manière triomphale, il pose un geste qui accomplit les prophéties de l’Ancien Testament au sujet du roi qui vient humblement vers son peuple (Zacharie). Cette attitude prophétique de l’entrée se vérifiera aussi dans la Passion quand il passera par la porte de la mort pour aller dans la gloire de la cité sainte du Ciel. Le Christ donc, par son geste d’entrée triomphale, nous indique de manière prophétique et anticipative, son passage de cette vie à la vie éternelle. Il entrera dans la gloire pour être le Seigneur avec les acclamations des Anges (Psaume 46).
Le triomphe prophétique du Seigneur Jésus, que nous avons célébré par la procession nous inclut aussi. Dans cette prophétie de son entrée dans la gloire, nous participons à la Royauté du Christ. Nous chantons sa gloire, nous marchons avec lui et à sa suite et nous aussi par lui, nous faisons notre Pâque en actualisant son mystère de grâces. En vivant chaque mystère de la Pâque avec Jésus, depuis son entrée jusque dans sa Résurrection, nous expérimentons aussi de manière prophétique notre entrée dans la gloire avec lui et auprès de lui. Et nous savons à quel point cette entrée comporte des difficultés : nos souffrances que nous sommes appelés à offrir à la suite de Jésus pour notre salut et la rédemption de ceux qui en ont le plus besoin.
L’entrée triomphale est le signe du retour de Jésus dans la gloire du Père, avons-nous dit. Je voudrais en quelques mots et assez sobrement décrire, à partir de la deuxième lecture (Ph 2, 6-11), et méditer sur son arrivée, les vertus liées à cette arrivée que nous sommes appelés à développer.
Frères et sœurs, la deuxième lecture nous fait part du parcours normatif de Jésus. En effet, ce parcours suit des principes et respecte certaines valeurs. Comme nous avons contemplé, ces dernières semaines, le mystère de Jésus qui se révèle, aujourd’hui nous regarderons ce mystère de sa personne dans son mouvement d’abaissement. Celui qui retourne est celui qui était arrivé ! Celui qui remonte dans sa gloire est en effet celui qui était descendu parmi les hommes ! Nous avons écouté : Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Il faut entendre que Jésus est Dieu et l’égal de Dieu. Bien sûr, nous comprenons qu’il n’a pas voulu garder par jalousie ce qui faisait de lui l’égal de Dieu. Jésus sait que le Père lui a tout donné. Il se sait être Dieu en lui-même. Mais il accepte de tout laisser pour s’abaisser.
Je voudrais vous proposer une variante du même passage : Le Christ Jésus, lui qui n’a pas usurpé le rang de Dieu. Un élément grave s’ajoute à la faveur de cette variante. Ici non seulement Jésus ne porte pas la main sur l’égalité qu’il a avec Dieu pour la conserver avec avarice et jalousie mais il fait mieux. Pour lui l’égalité avec son Père, il ne veut pas l’usurper. L’égalité de Jésus avec Dieu n’est ni un butin qu’il veut conserver à tout prix, ni une proie qu’il devrait saisir. Il ne retient pas l’égalité de Dieu pour lui-même. Jésus, quand il est Verbe de Dieu et en Dieu, n’a pas pensé qu’il pouvait se dispenser de s’abaisser. St Paul nous dit que Jésus avait toutes les raisons de revendiquer sa place et son rang. Mais il ne s’en est pas prévalu pour rester au ciel. Il s’est abaissé et s’est fait homme. Ce faisant, il a déjà souffert !
Si là déjà, nous voulons saisir les vertus que le Seigneur Jésus propose à notre imitation, nous pouvons nommer le refus de l’égalité. Ce n’est pas l’égalité qui fait exister Jésus. Il est déjà Verbe de Dieu, Dieu né de Dieu. Il a la même nature que le Père. Vouloir être l’égal à tout prix au point d’être comme le Tout Autre, vouloir être comme lui, parfois à sa place, vouloir être contre lui, n’est-ce pas le péché des mauvais anges et ensuite celui d’Adam ? Jésus n’usurpe pas la place de Dieu. Il compte pour rien vouloir revendiquer cette place. Il ne possède pas les sentiments de jalousie, ou l’avarice de vouloir tout posséder, ou d’exiger de tout garder, ou de se préoccuper de ne rien laisser. Pour prendre notre chair, devenir homme, et être reconnu à l’aspect ou comme ayant une forme humaine, Jésus n’a pas voulu prendre la place de Dieu, mieux, il n’a pas revendiqué cette nature divine, il n’a pas gardé jalousement son rang, il n’exige pas d’être traité à chaque fois comme Dieu.
Voilà ce que nous nommons la charité. La charité que Jésus nous montre et qu’il vit dans son être de Verbe de Dieu puis de Verbe fait chair, peut se résumer ainsi : pas de combat pour être égal au point de remplacer l’autre ; pas de lutte pour usurper la place de l’autre ; pas d’avarice au point de conserver son rang comme un butin ; pas de jalousie ni envers Dieu ni envers les hommes ; pas d’avarice pour ne pas vouloir quitter ce rang et cette condition. Ne garder que la filiation afin de vivre avec les hommes et de les sauver suivant la volonté de Dieu. Sans cette charité, il ne peut y avoir de dépouillement, d’abaissement, d’humilité et de don de soi, de don extrême de la vie. Mais cet abaissement nous donne de comprendre à la fois l’amour que Dieu a pour sa création et les hommes en particulier et le rapport qu’il privilégie : que nous soyons ses fils et heureux de l’être.
Frères et sœurs, nous avons vécu le symbole de notre entrée dans la Jérusalem Céleste avec Jésus. En actualisant sa passion, en cette célébration, demandons à Dieu les mêmes attitudes et les mêmes sentiments qui furent celui du Christ Jésus notre roi humble.
AMEN !