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Homélie pour le 2ème Dimanche de Pâques - année A - 2026

par l'abbé Gad Aïna

Frères et sœurs dans le Christ,

 

Essayons de regarder la miséricorde comme le mystère de Dieu révélé sur la croix. L’une des folies du christianisme est de croire que Dieu est amour. Comment le chrétien sait-il donc que Dieu l’aime et dispose tout pour son bonheur ? Il le sait par le témoignage de ceux qui ont eu une expérience avec Jésus. Comme dans l’évangile, les apôtres ont témoigné à Thomas qu’ils ont vu le Seigneur et qu’il était vivant, de même ceux qui nous ont initiés à la foi nous ont offert leur témoignage. De quoi ont-ils témoigné ? Ils nous ont appris que Jésus, le Verbe de Dieu qui a pris chair, a souffert, qui est mort puis enterré, est revenu d’entre les morts. La miséricorde de Dieu, avant de venir jusqu’à chacun de nous par le biais de l’Église, est d’abord cette révélation de Dieu en son Fils qui vient jusqu’à nous et meurt par amour et obéissance à son Père pour nous racheter du péché et de la mort. C’est donc d’abord parce que Dieu est amour et qu’il se révèle et nous sauve par amour, qu’il est miséricorde. Le nom de la miséricorde de Dieu se concentre dans le mystère de la mort et de la résurrection de Jésus pour notre salut. Voilà pourquoi quand on parle de la Divine Miséricorde, on représente Jésus ressuscité avec son côté transpercé d’où sortent le sang et l’eau. C’est donc là sur la croix -pour rassembler toute la passion et la résurrection de Jésus-, que Jésus montre que Dieu est miséricorde. Il est amour, il nous aime et vient vers nous ; il nous pardonne tous nos péchés, il nous donne la vie éternelle malgré la condamnation et la mort de son Fils. C’est dans le mystère de la croix que se concentre la bonté de Dieu que le ressuscité répand.

 

Maintenant que nous avons essayé de comprendre que Jésus est la miséricorde car c’est lui qui manifeste cette Miséricorde de Dieu, je voudrais prendre une image de Saint Augustin. Dans son Commentaire sur le Psaume 30 (1) , en parlant de Jésus comme celui qui contient la Miséricorde du Père, qui le manifeste et le répand, Saint Augustin compare Jésus à un vase que Dieu le Père brise et répand son parfum de bonne odeur : la miséricorde s’est donnée à voir quand le Fils a obéi à son Père et a donné sa vie et a laissé couler son sang pour nous purifier du péché et nous sauver de la mort. Le Christ est la miséricorde de Dieu qui se révèle au moment de sa passion quand il est éclaté, brisé. Il est le vase qui contient les grâces qui se répandent dans tous les environs de la sainte cité de Jérusalem et à partir de la Judée jusqu’aux confins de la terre. Quand ce vase se brise, il en jaillit tous les trésors de l’Église.

 

Dans la première lecture sur laquelle je vais me concentrer, nous ressortirons quelques applications des trésors de la miséricorde qui sortent comme une source du Vase brisé qu’est Jésus. Luc nous donne les quatre points forts de la communauté chrétienne de Jérusalem : quatre points forts sans lesquels il n’y a pas d’Église de Jésus-Christ. En fait, un fondement préside à cette perception : l’Église, après avoir bénéficié de la miséricorde de Jésus, demeure aussi celle qui manifeste de la miséricorde à la suite du Christ. la diffusion de l’Église est manifestation de la miséricorde. Vous avez comme points forts : l’enseignement des apôtres, la communion fraternelle, la fraction du pain et la prière assidue.

 

L’enseignement des apôtres reprend le ministère de soin du Christ qui, durant sa vie terrestre, a enseigné et prêché pour nous sortions de l’ignorance des ténèbres, que nous connaissions Dieu et son amour. L’Église que Jésus a fondée pour être témoin de la nouveauté du Royaume est une Église apostolique, elle repose sur les apôtres que Dieu a choisis et établis (Mc 3.13) ; elle se nourrit de leur enseignement, c’est-à-dire de cette parole de Dieu que l’Église seule peut nous donner dans sa plénitude. Cet enseignement prend en compte la lecture des Saintes Écritures, l’interprétation donnée par les apôtres et surtout l’actualité de cette Parole pour la communauté. En poursuivant ce ministère, les apôtres manifestent la miséricorde du Christ, ils sont des acteurs de cette miséricorde et ainsi, ici et maintenant, cette Parole nous parle directement  à nous aussi, elle est active et nous guide.

 

Le deuxième pilier est la communion fraternelle : la communauté d ’Église doit être le signe visible du rassemblement des hommes par Jésus Christ dans l’amour, et là encore la première Assemblée ou Église, nous montre qu’il ne saurait y avoir d’Église ou de communauté d’Église sans véritable vie fraternelle. Être chrétien et faire frères devient un sacrement de la présence du Christ. Certains penseurs en sont même venus à affirmer que le commandement de l’amour est le huitième sacrement, le sacrement de sa présence puisqu’il ne dit pas seulement je serai avec vous jusqu’à la fin des temps, il a aussi affirmé quand deux ou trois sont rassemblés, je suis au milieu d’eux. La réunion du peuple de Dieu serait une utopie si elle ne se concrétisait pas dans le rapport effectif, personnel et communautaire de la communauté. Ainsi notre acte de charité rend Jésus présent et fait de nous une prolongation de la miséricorde que Jésus est dans l’Église. 

 

La fraction du pain est le troisième point fort : c’est par ce mot que l’Église primitive désignait l’eucharistie : le sacrement de la communion au Christ, parole et pain de vie (Jn 6.34 et 51). C’est à la fraction du pain que les disciples ont reconnu Jésus ressuscité. Le mystère de l’Eucharistie donnée avant la mort de Jésus devient le signe vivant de sa présence permanente dans l’Église. L’Eucharistie, en effet, rassemble les chrétiens et les nourrit gratuitement du Pain de Dieu, le Pain Vivant. Voilà comment Dieu actualise son amour et sa miséricorde. Il nous nourrit et prend soin de nous au-delà de nos attentes.

 

La prière assidue constitue le quatrième pilier de la première communauté des chrétiens. En effet, il n’y a pas d’autres moyens pour ceux qui ont découvert en Jésus Christ l’amour et la miséricorde du Père, de vivre autrement que dans la prière (Ep 6.18 ; 1Th 5.17). La prière, pour eux comme pour nous, devient le lien de cet amour et le moyen de bénéficier de cette miséricorde que Dieu nous accorde, celui d’être ses enfants. Par la prière nous nous insérons dans cette miséricorde, la manifestation et en faisons bénéficier tous les hommes en besoin de Dieu et de son salut. De manière permanente, Jésus dans son Église est cette miséricorde. L’Église poursuit cette miséricorde. Nous en bénéficions. A notre tour de devenir acteurs de cette miséricorde dans l’Église notre mère à travers ses quatre points.

 

Amen

 

(1) In. Ps 30, Serm. 3, 9.