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Homélie pour le 5ème Dimanche de Pâques - année A - 2026

par l'abbé Gad Aïna

Frères et sœurs dans le Christ,

 

Dans l’évangile que nous avons écouté, les apôtres sont consternés par le départ de Jésus que celui-ci annonce la nuit du jeudi saint après le lavement des pieds. Jésus s’en rend compte et essaie de les apaiser. Dans le dialogue qui s’engage, quelques points ressortent qui révèlent les structures profondes de l’Église.

 

Le premier point se trouve dans le sens du départ de Jésus. Il leur indique qu’il faut qu’il s’en aille. Son départ comporte des avantages : il va préparer des places pour chacun des siens dans la maison de son Père. Nous comprenons ainsi que la mort de Jésus et sa résurrection ouvrent la possibilité à l’homme de rentrer en Dieu et à Dieu d’accueillir dans le ciel l’homme qui s’était éloigné de lui. Jésus explique de cette manière que l’Ascension n’est pas un exploit individuel. Il part non seulement avec la nature humaine mais il dispose Dieu à accueillir ses frères qui deviennent les membres de son corps dans les mansions (demeures) éternelles. L’Église que nous formons a déjà son chef dans le Ciel qui nous y attend et nous prépare une place. 

 

Le deuxième point des questions au sujet de ce départ est cette préparation future. Quand Jésus invite à ne pas être bouleversé, à comprendre les enjeux de son départ, Thomas et Philippe projettent nos questions, nos doutes et nos peurs qui sont ceux des chrétiens de tous les temps : « Où est Jésus ? Où est-il parti ? Comment ferons-nous pour aller vers lui ? Quel chemin prendre après lui ? Le Père qu’il est venu nous montrer, comment peut-on le voir ? Et pendant ce temps, que devient l’Église, la communauté qu’il a fondée ? Comment va-t-elle survivre, grandir ? Par quels moyens tiendra-t-elle puisque son fondateur n’est plus là ? » Jésus va donc expliquer les fondements de sa relation avec Dieu et en déduire les conséquences pour ses disciples de tous les temps.

 

D’une part, Jésus établit son identité numérique avec le Père : qui me voit, voit le Père. Plus besoin d’aller chercher le Père ailleurs. Plus besoin de voyager loin pour le trouver. Quand Jésus a pris chair, il a établi une échelle qui a permis à Dieu de descendre et de demeurer au milieu de son peuple. Si nous sommes perdus à la pensée lointaine du Père céleste, tout ce que Jésus a fait, c’est le Père qui l’a fait. Quand on voit ou quand on touche la personne, les mystères ou les sacrements de Jésus, c’est donc Dieu qu’on touche et qu’on expérimente, par les moyens qu’il prend.

 

 

D’autre part, Jésus poursuit avec la notion de la communion : je suis dans le Père et le Père est en moi. Cette communion se poursuit dans les membres de son corps. Les disciples de Jésus pourront réaliser des œuvres similaires à celles du Christ ou plus grandes que lui sous l’action de l’Esprit Saint, dans la communion vécue et signifiée. En devenant membres du corps du Christ, le Christ nous fait entrer dans la famille de Dieu. Ne parlons donc plus de nous approcher de Dieu comme s’il était loin de nous. Il ne s’agit pas non plus d’être à côté de lui comme si Dieu gardait pour lui tout son mystère. Nous entrons dans la vie mystérieuse des Personnes divines qui partagent tout et qui sont le seul et unique Dieu. Les choses matérielles ne peuvent pas se pénétrer l’une l’autre, mais cela est possible dans le domaine de l’esprit. Le Christ est dans le Père et le Père est en lui, et si Jésus  nous prépare une demeure dans les cieux, c’est d’abord que par cette communion avec lui, Dieu le Père, le Fils et l’Esprit Saint se font une chambre chez nous, dans notre âme, dans notre cœur. Cette inhabitation de Dieu est la cause de la construction du Corps du Christ qu’est l’Église. Cette inhabitation est ce qui permet aux apôtres et à tous les croyants d’accomplir des choses que Jésus n’a pas accomplies sa vie durant.

 

De la première lecture de ce dimanche ressortent certaines difficultés de la première communauté : la première est la difficulté de langue et de culture. Ils sont tous hébreux ; certains sont de langue grecque et d’autres de langue araméenne et jamais sortis de la Palestine. La deuxième : aux soucis de langues et de cultures s’ajoutent les frustrations liées aux rôles et aux services. Les apôtres choisissent de rétablir le lien avec le Christ, plus important que des questions de nourriture et de boissons.

 

Il ne faut pas laisser l’évangile pour des questions humaines et matérielles. Mais dans cet appel à un retour à l’évangile, ils choisissent des vis-à-vis pour les locuteurs grecs. Puis en effectuant le choix, ils ne prennent pas des comptables, des compétents en administration mais des hommes remplis de sagesse et de l’Esprit Saint. Le problème humain, social et communautaire trouve alors une réponse dans le partage approprié de la charge des apôtres dans un ministère nouveau, avec la note essentielle de la sagesse et de l’Esprit Saint. Jésus n’a donc pas créé lui-même le diaconat mais il a donné le principe : demeurer dans la communion pour accomplir des œuvres comme lui ou plus grandes que lui. 

 

Cet acte fondateur est celui que nous sommes tous appelés à signifier, à manifester, à appliquer. Le Seigneur choisit chacun de nous et le fait entrer dans sa famille, dans son peuple qu’est l’Église. Et il veut que nous cultivions cette communion. Ainsi, des êtres si différents, des pierres vivantes venant de toutes les nations  qui, sous la conduite de l’Esprit, construisent sur la Pierre qu’est le Christ, l’Église que Dieu se veut. Chacun est important, chacun travaille au bien de tous et tous nous sommes l’édifice que Dieu construit. La deuxième lecture l’exprime clairement. Vous êtes venus à celui qui est la pierre vivante rejetée par les hommes mais précieuse pour Dieu qui l’a choisie. Et donc vous aussi, devenus pierres vivantes, construisez-vous comme un édifice spirituel. On a aussi écouté : Mais vous êtes une race choisie, vous êtes une communauté de rois et de prêtres, une nation sainte, un peuple que Dieu a fait sien, afin de chanter les grandeurs de celui qui vous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière. Vous n’étiez pas un peuple, et vous devenez peuple de Dieu. Vous étiez ceux dont on n’a pas pitié, mais maintenant on a eu pitié de vous.

 

Frères et sœurs, l’absence de Jésus ne doit pas nous apeurer. Jésus a rapproché le Père de nous. Il est de la même nature que le Père ; lui et le Père sont un. Et le Père est en lui et lui dans le Père. Nous ne devons pas être bouleversés. Il nous a en effet introduits dans cette communion pour qu’ensemble par l’Esprit Saint, nous soyons sa présence. Nous avons à croire et à expérimenter cette voie qu’il nous donne pour que, sous la conduite et l’impulsion de l’Esprit Saint, nous inventions tout ce qu’il faut pour la vie de l’Eglise. Ouvrons-nous donc à l’Esprit, créons à la suite de Jésus des services pour nos frères et sœurs, partageons nos charismes. Ne soyons pas jaloux de nos rôles, allons au-delà de nos différences. Construisons notre communauté dans l’ESPRIT.