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Homélie pour l'Ascension du Seigneur - année A - 2026

par l'abbé Gad Aïna

Frères et sœurs dans le Christ, bonne fête de l’Ascension !,

 

Vous savez que dans son évangile, Luc raconte l’Ascension de Jésus, sans écart temporel, comme s’étant passée au terme du long jour de la résurrection. Le même Luc, nous livre, au début du Livre des Actes des Apôtres que nous avons lu, un autre point de vue du mystère de l’absence et de la présence de Jésus. 

 

De fait, dans l’évangile, on peut dire que Luc raconte l’Ascension de Jésus du point de vue du Christ, du mystère de sa personne et de son œuvre. Aussi nous livre-t-il ici, le même événement mais du point de vue de l’Eglise et avec le vécu des apôtres. Permettez-moi de m’intéresser à ce point de vue avec quelques aspects utiles à notre compréhension et à notre vie de foi. Les apôtres font du ressuscité une expérience pratique et vécue dans le temps. Pendant ce temps, celui qu’ils avaient vu crucifié et qui leur apparaît vivant, leur accorde la durée nécessaire pour assimiler son nouvel état. Nous savons en effet que quarante symbolise le temps de l’épreuve, de la révélation et de formation

 

On peut donc se rappeler que pendant quarante jours, Jésus ressuscité fait vivre à ses disciples un temps de préparation comme lui-même au désert, pendant quarante jours. L’épreuve ici prend plusieurs formes. Quarante jours au désert : Jésus s’était préparé à sa mission dans le manque, le dénuement et la confrontation avec le diable. L’épreuve se présente d’abord en lien avec l’expérience du désert qu’a vécue Jésus. L’épreuve consiste aussi à quitter les visions du messie qu’ils avaient avant sa mort, vision que les disciples d’Emmaüs avaient évoquée et que les disciples remettent dans la discussion. Est-ce le moment de rétablir Israël ? L’épreuve enfin consiste à s’habituer à ce corps de ressuscité que l’on sent, que l’on expérimente mais qu’on ne peut plus saisir. Comme avec les disciples d’Emmaüs, Jésus est avec eux mais quand ils le perçoivent, il se soustrait à leur regard. Jésus soumet donc ses disciples à ce temps d’épreuve car ils seront désormais sans sa présence physique ; il les forme à faire confiance en Dieu qui conduit souverainement son plan de salut pour tous les hommes, il leur fait vivre son absence alors qu’il est présent.

 

Quarante jours comme le temps de formation. Jésus s’est révélé à ses disciples pendant cette durée pour qu’ils assimilent et acceptent la gloire dans laquelle il est entré. Saint Luc nous dit des phrases assez instructives. Jésus vivait avec eux. Il leur donnait des preuves. Il se faisait voir d’eux. La fête de l’Ascension que nous célébrons aujourd’hui nous rappelle ce chemin de foi à parcourir. Vivre avec Jésus ressuscité, se laisser former par lui, revisiter les quarante jours et remarquer si nous les avons vécus comme un moment privilégié de la révélation de Jésus ressuscité. Et il est nécessaire de nous interroger si nous avons vraiment perçu et gardé quelque chose de son état de ressuscité et si cette expérience a impacté ou non notre vie. 

 

De plus, durant cette la formation post pascale, Saint Luc nous dit qu’il leur parlait du royaume de Dieu. Il les réunissait et leur donnait des instructions qui feront l’essentiel de la vie missionnaire des apôtres et de toute l’Église : attendre et recevoir le Promis de Dieu, l’Esprit Saint, se laisser baptiser par lui et témoigner jusqu’au bout du monde. Cette formation après Pâques nous rappelle comme à tous les baptisés, qu’après l’expérience de Pâques, nous devons continuer à nous former, nous avons à nous préparer à recevoir l’Esprit Saint et que l’Église est née comme missionnaire. On ne devient pas chrétien puis pratiquant, puis missionnaire. Le fait d’être chrétien et de recevoir l’Esprit fait de nous des hommes et des femmes à la suite de Jésus qui parcourent le monde pour annoncer la Bonne Nouvelle. Voilà aussi ce à quoi a servi ces quarante jours.

 

Dans ce deuxième point de la formation des disciples pendant quarante jours se loge un troisième point que j’avais relevé voici quelques instants : la révélation. Je voudrais la présenter sous un angle communautaire. J’avais proposé récemment, sur le discours de Jésus après la Cène dans Saint Jean, une méditation où j’expliquais que l’Ascension n’était pas un acte individuel. Et le tableau que nous avons dans cette révélation de Jésus offert par Luc le confirme. D’abord, Jésus, en allant au ciel porte notre nature humaine devant Dieu. Ensuite demeurant en son Père, notre nature humaine demeure en Dieu. Puis quand il partait, il nous disait aller nous préparer une place et revenir nous chercher. Cette inclusion dans l’élévation du Fils dans la gloire du Père fait déjà de l’Ascension un geste du Fils allant vers son Père et incluant tous les hommes. Pour revenir du point de vue de l’Église, quelques détails du passage nous remettent dans cette certitude que l’Ascension n’est pas un acte solitaire et de ce point de vue formalise la communauté des croyants.

 

Jésus se montre à beaucoup de disciples et non plus seulement aux Douze. Et dans les Actes des Apôtres, la cible de la révélation de sa présence-absence s’est élargie à toute la communauté des croyants qui ont alors fait une expérience pratique. Cette situation ne concerne donc plus seulement ceux qui sont proches de Jésus mais elle devient celle de toute l’Eglise de tous les temps. Le mode de présence du Christ sera désormais celui-là. Jésus va donc se révéler à chaque croyant à partir du paradigme (modèle) de l’Ascension. 

 

Désormais chaque chrétien entre dans la foi, prend connaissance de Jésus et vit avec cette réalité de son absence et de sa présence. La séparation, l’élévation, l’entrée de Jésus dans la gloire du Père deviennent une réalité que chacun expérimente dans la durée. Dieu est donc caché mais toujours présent. Et pour que nous ne nous fourvoyions pas, des personnages mystérieux guident les disciples et leur rappellent leur mission. Ces personnages étaient apparus au tombeau pour guider les femmes et ramener les disciples sur le chemin de la foi : des êtres lumineux, des Anges. Cette mystérieuse présence de Dieu par ses Anges fait des reproches aux disciples de Jésus. Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ? Cette présence les défend de chercher à percer le mystère inaccessible du monde de Dieu. Pourquoi restez-vous là ? Cela indique qu’il ne faut ni rêver, ni devenir nostalgique de Jésus, ou encore perdre le temps à se poser des questions sur Jésus qui est parti. Cette mystérieuse présence presse à se décider : ne restez pas là, mettez-vous en route ! Il y a une vraie vie à vivre et du travail à accomplir. Puissions-nous aussi maintenant devenir ces personnes qui marquent la présence de Jésus monté au ciel !