par l'abbé Gad Aïna
Chers frères et sœurs dans le Christ,
Je voudrais à l’occasion de cette belle fête de Pentecôte, méditer sur l’œuvre de l’Esprit, sur trois réalités ou situations. Par cette action de l’Esprit Saint descendu à la Pentecôte, il se découvre à nous et nous révèle son œuvre dans l’Église.
La première réalité sur laquelle agit l’Esprit qui vient à Pentecôte est la peur. Jésus, quand il leur apparaît le soir du jour de la résurrection, leur donne la paix et souffle sur eux son Esprit. C’est déjà une pentecôte. Mais les disciples de Jésus, nous ne nous en rendons pas compte, même après l’expérience de la résurrection et de ce Souffle divin, sont toujours dans la peur et le doute. Leur cœur balance. L’Ascension ou le départ de Jésus les amène à prier et à attendre cet hôte déjà reçu le jour de la résurrection. Mais dans leur cœur persistent la peur du vide, la peur de l’abandon, la peur de l’absence, la peur des risques de la foi. Quand l’Esprit descend sur les disciples en se posant sur chacun, ils quittent la peur. Ils possèdent en eux désormais à la place de la peur, l’audace pour sortir et parler de Jésus. Ce courage ou cette assurance donne de témoigner de Jésus et d’espérer le monde nouveau initié à Pâques. L’Esprit Saint donne l’audace pour aller vers le monde, le courage pour témoigner de Jésus et l’espérance pour attendre le renouveau de ce monde que transforme l’Esprit Saint.
La deuxième situation que je vous propose de méditer à la faveur des textes de ce dimanche est le repli sur soi. Le repli sur soi, qui vient certainement du refus de reproduire les mêmes erreurs, est une conséquence de la peur mais une réalité bien plus insidieuse et nuisible. Nous avons tous vécu des situations traumatisantes, nous avons tous été blessés. Notre premier réflexe est de nous dégager et de nous replier sur nous-mêmes. Ce geste doucereux d’autoprotection est sournois. En fait il vise à nous protéger mais il nous inocule l’inaction, assure le retrait et nous empêche tant de communiquer que de vivre, puisqu’il nous coupe de la vie commune et du partage.
La vie dans l’Esprit Saint que les disciples de Jésus ont expérimenté à la descente de l’Esprit Saint est plutôt épanouissement et ouverture. L’Esprit Saint porte à épanouissement le message de Pâques, il en est le fruit. L’Esprit Saint porte à épanouissement les grâces individuelles. L’Esprit Saint ouvre les prisons des cœurs et des esprits puis dispose les disciples de Jésus à rencontrer d’autres personnes. L’Esprit Saint ne brise pas seulement les chaînes de nos prisons intérieures et extérieures, il nous pousse à aller dans le monde entier apporter ce feu.
Avant d’indiquer comment s’approprier l’œuvre de l’Esprit Saint, permettez-moi d’aborder le troisième lieu d’action de l’Esprit Saint, j’ai nommé la frontière. La frontière est d’abord celle de la langue, de l’étrangeté et de l’incompréhension. La frontière est conséquemment celle des peuples et des races. La frontière est celle des croyants et des incroyants. La frontière est tout type de séparation et de division étanche, physique, matérielle, intellectuelle et spirituelle entre les hommes, y compris à l’intérieur de la communauté et de l’Église. La frontière est l’établissement d’un refus de coopérer, d’un rejet de travailler ensemble et d’un dédain à vivre comme un organisme. Ces frontières sont réduites et détruites par l’œuvre de l’Esprit Saint qui n’exclut personne, qui se répand sur tous les peuples, langues et nations. Ces frontières sont réduites par l’universalité qu’engendre l’Esprit Saint. Ces frontières sont détruites par l’Esprit Saint qui provoque la communion. Ces frontières sont percées par l’Esprit Saint qui nous donne ce dont nous avons besoin comme grâce, à la fois pour nous-mêmes et pour la communauté. L’Esprit nous aide à former un seul corps, nous qui sommes les membres du corps du Christ et il donne vie à ce corps qu’est l’Église.
Frères et sœurs dans le Christ, j’ai présenté ainsi cette méditation car l’Esprit n’est pas une personne à laquelle on pense, sur laquelle il suffit de réfléchir. L’Esprit Saint est la source de la vie, il ne demande qu’à vivre en nous, lui qui nous donne de vivre et de vivre en Dieu. Voir son œuvre et ses réalisations s’habituer à sa présence, s’y éveiller, coopérer, collaborer avec lui pour changer soi-même, pour quitter ses peurs, son repli sur soi, son refus d’aller plus en avant avec l’autre, pour conquérir le monde avec le cœur et l’amour de l’évangile, voilà l’œuvre à laquelle nous convie l’Esprit Saint de Dieu. Demandons, par la grâce de cette eucharistie, une nouvelle effusion de l’Esprit Saint sur chacun de nous, sur tous les hommes et sur toute la terre !
Amen