par l'abbé Gad Aïna
Frères et sœurs dans le Christ,
Aujourd’hui, nous célébrons la Sainte Trinité. N’est-ce pas le jour par excellence pour parler de Dieu, celui-là que nous adorons et que nous prions ? Mais les lectures de ce dimanche nous indiquent une autre voie que de parler de Dieu. Elles nous invitent à nous taire, à faire une expérience, celle de son amour et de sa miséricorde, comme s’il nous était impossible de parler de Dieu et de le comprendre. Je vous propose donc de méditer le mystère de ce jour avec cette phrase : face au besoin de voir Dieu, de le comprendre, de parler de lui, Dieu se manifeste lui-même, se fait connaître et il demande de faire l’expérience de son amour et de sa miséricorde (salut). Essayons de retrouver ces trois moments dans la première lecture.
Face au besoin de voir Dieu, de le comprendre et de parler de lui : la première lecture tirée du livre de l’Exode relate l’expérience de Moïse pendant la traversée du désert. Dieu est redoutable et Israël le sait, lui qui a vu comment il a terrassé l’Égypte. Voilà que ce peuple libéré, le même avec lequel le Seigneur vient de faire alliance et de donner sa Loi, voilà que ce peuple se fourvoie dans l’idolâtrie et orchestre le pire des péchés : rendre un culte à une autre entité que le seul unique et vrai Dieu. Le Seigneur revient de sa colère après l’intercession de Moïse et pardonne à son peuple. Moïse sollicite alors du Seigneur la faveur de contempler son visage. Dieu accepte et nous donne l’un des passages les plus profonds de toute la Bible. On peut comprendre dans l’idolâtrie le besoin de voir un visage proche, quelque chose qui nous ressemble et nous satisfait. Cette représentation idolâtrique est une réponse de soi-même au besoin de voir Dieu. Au moment de parler de lui, comme dit Saint Paul : ils ont échangé la gloire du Dieu impérissable contre des idoles représentant l’être humain périssable ou bien des volatiles, des quadrupèdes et des reptiles (Rm 1,23).
Si le besoin de voir Dieu s’est perverti et que ce peuple idolâtre a demandé pardon, le même besoin se fait ressentir chez Moïse. Parler de Dieu, oui, le voir, le comprendre n’est-ce pas ce que nous essayons de faire en ces mots ?
Dieu se manifeste lui-même, se fait connaître. Après l’idolâtrie de son peuple et le besoin exprimé par Moïse, Dieu décide de se manifester. Notons les actions de Dieu : il descend dans la nuée, vient se placer près de Moïse et il proclame son Nom. En voulant se faire comprendre pour répondre au besoin du peuple et de Moïse de le voir, de le comprendre et pouvoir parler de lui, Dieu se manifeste, il se rapproche de l’homme, il se tient près de son élu, et il s’annonce lui-même sous la forme de l’Ange du Seigneur. En réalité, Dieu ne se laisse pas voir, mais il prononce son Nom, c’est-à-dire qu’il permet que sa puissance et sa Gloire s’impriment en ceux qui désirent le voir. Il demande à Moïse de l’attendre, dans la solitude, dans le détachement, vigilant et disponible pour le moment qu’il choisira pour lui accorder ses faveurs. Donc, le Seigneur prononce son Nom, le laissant gravé au plus profond de l’esprit et ce nom est la connaissance et l’expérience de son infinie miséricorde. Nous avons écouté en effet : « LE SEIGNEUR, LE SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité ». on pourrait, à partir de l’indication de l’Ange du Seigneur, initier une méditation sur la manifestation multipersonnelle de Dieu dans l’Ancien Testament mais je m’en abstiens. Venons donc au troisième mouvement.
Dieu, qui prononce son Nom, demande de faire une expérience de son amour et de sa miséricorde (salut). En fait il se décrit comme maître, Seigneur et tout-puissant, il se décrit comme tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour. Alors que nous pouvons chercher la connaissance de Dieu, le meilleur que nous puissions savoir est bien ce qu’il nous révèle dans sa bonté. De plus, quand Dieu se manifeste à notre besoin de le voir et de le comprendre, de le saisir, que ce soit à partir d’une bonne ou d’une mauvaise démarche, c’est lui qui s’abaisse, c’est lui qui se rapproche, c’est lui qui parle de lui-même et il nous indique son histoire avec nous, il nous demande de nous concentrer sur son Amour et sa miséricorde. Au lieu de la connaissance, on découvre la science de l’amour. Au lieu d’un Dieu omnipotent et lointain, il se dévoile comme un être proche, tout d’amour et de miséricorde. Le chemin de la connaissance de Dieu devient l’expérience de cette révélation, la vie avec cette manifestation, l’expérimentation de cette miséricorde et de cet amour. Voilà, de façon imagée comment Dieu accepte de se révéler d’une façon personnelle et directe. Quand ce moment d’union avec le Seigneur est passé, Moïse n’a plus d’ambition ni de désirs personnels ; il ne demande que la réalisation du plan de Dieu : que l’héritage divin soit donné aux hommes.
Face au besoin de voir Dieu, de le comprendre de parler de lui, Dieu se manifeste lui-même, se fait connaître et il demande de faire une expérience de son amour et de sa miséricorde (salut). On perçoit et on ressent pourquoi dans la même logique, l’évangile de ce jour ne se met pas dans une explication scientifique mais nous montre le projet réalisé de Dieu : sa manifestation sublime dans l’histoire des hommes. Le long de l’histoire du salut, le peuple a désiré voir le messie, cet envoyé de Dieu qui est Dieu. Dieu, pour satisfaire ce besoin de le voir et de le comprendre, a envoyé son Fils. Le Dieu Père, Fils et Saint-Esprit, se comprend d’abord comme un Père qui envoie son Fils pour être l’Emmanuel afin de nous sauver et de nous donner la vie éternelle. C’est ainsi que dans sa manifestation nous avons su qu’il est Père, Fils et Esprit Saint. C’est ainsi que nous avons vu son amour et sa miséricorde ; en effet, il ne veut pas qu’un seul se perde mais il veut nous sauver par la foi en son Verbe fait chair.
La deuxième lecture qui constitue la finale de la 2è Lettre de Saint Paul aux Corinthiens, est une instruction amicale en cinq exhortations. Celles-ci finissent avec la prière de bénédiction trinitaire que nous connaissons si bien. A nous aussi cette prière rappelle notre besoin de voir et de comprendre Dieu, en nous orientant vers la vie dans laquelle Dieu se fait présent et que l’apôtre bénit. Il n’y a pas de grâce sans le Christ, il n’y a pas d’amour sans Dieu et la communion n’existe pas sans l’Esprit. C’est dire que la plénitude de Dieu, le mystère que nous cherchons à connaître de lui s’offre à nous dans l’Église et conséquemment nous permet de faire une expérience riche, dans laquelle il se manifeste totalement : l’Église. Face au besoin de voir Dieu, de le comprendre, de parler de lui, Dieu se manifeste lui-même, se fait connaître et il demande de faire une expérience de son amour et de sa miséricorde (salut)
Voilà le chemin qu’il nous indique ! Saurons-nous l’emprunter ? Saurons-nous le montrer aux autres ? La bénédiction de Paul comme l’amour de Dieu se destine à tous ! Surtout à ces personnes qui ne le connaissent pas ou parce qu’elles se construisent une image de Dieu, se perdent et refusent de faire l’expérience de sa manifestation en Jésus, l’expérience de son amour !
Seigneur, fais-nous voir ton visage et ton salut donne-le nous !
Amen (Ps 84,8)