par l'abbé Gad Aïna
L’Église est le peuple de Dieu obtenu par le sang de son Fils qu’il rassemble de par le monde. Par cette phrase que je morcèlerai en trois dans un moment, je voudrais nous redire notre constitution en Église, l’intention de Dieu et comment l’Église est née comme missionnaire.
L’Église est le peuple de Dieu. Lorsqu’on regarde la première lecture, on se rend compte que les déclarations du Seigneur s’énoncent juste avant la promulgation de la Loi et le don du Décalogue. Dieu décide donc de prononcer un discours à ces anciens esclaves qu’il a délivrés d’Égypte. En effet, c’est au Sinaï qu’il va les rassembler comme peuple, comme nation, en leur donnant sa Loi, une constitution et un signe de l’alliance avec lui. Si Dieu indique clairement qu’il est le seul Dieu, il n’importe pas pour lui seulement de l’affirmer, sinon d’éclairer Israël son interlocuteur, que son Dieu sera son unique maître ou Seigneur. Le Seigneur lui explique qu’il a choisi Israël comme un bien propre à cause de son projet à lui, alors même que tous les peuples lui appartiennent et qu’il en est le créateur et le Dieu. Dieu fait donc un pacte qui démontre sa place et donne ainsi vie à un ramassis d’esclaves. Il les constitue en un peuple dont il consacre les membres, une nation de faibles, de paumés qu’il sanctifie. Voilà comment des anciens esclaves libérés par la bonté divine deviennent un peuple digne de consacrés, une nation sainte en face de Dieu. C’est Dieu saint qui rassemble un peuple pour lui. Le peuple n’est saint qu’en vertu de l’élection divine. C’est Dieu qui le constitue en nation, c’est encore lui qui fait alliance et met en place les dispositions pour que son peuple vive l’idéal auquel le Seigneur le destine.
Obtenu par le sang de son Fils. L’image de l’Exode propose un reflet du peuple de Dieu qu’est l’Église que nous formons. Avec des éléments identiques, nous pouvons percevoir l’œuvre de Dieu accomplie par Jésus qui obtient pour Dieu la réalisation, le rassemblement et la constitution de son peuple par son sacrifice de la croix. Dieu nous a justifiés et s’est acquis des hommes et des femmes en essayant de nous réconcilier à lui par le sang de son Fils répandu sur la croix. Saint Paul explique que l’on meurt difficilement pour quelqu’un qu’on ne connaît pas ! Peu accepteront de mourir pour un homme de bien. Et pour nous qui étions pécheurs et loin de Dieu, Dieu envoie son propre Fils et afin de faire de nous ses fils, il le laisse mourir pour nous afin de nous réconcilier. Nous réconcilier c’est déjà nous réunir et nous mettre d’accord et ensemble. Nous réconcilier c’est aussi laver nos fautes, ce qui nous retenait loin de lui afin de nous introduire dans sa communion. Dieu a donc l’intention de réunir un peuple, il envoie son Fils qui meurt pour nous, ce peuple de rachetés qu’est l’Église ; il souhaite qu’il soit uni, un peuple de consacrés à lui, une nation sainte.
Nous expliquions l’intention de Dieu, comment il se constitue Israël. Nous avons vu comment il en a fait une nation. Dieu accomplit un geste plus parfait quand il donne son Fils pour rassembler tous les hommes dans l’Église et faire d’eux un peuple de saints, une nation de rachetés, une race d’ élus, une assemblée de consacrés par lui. Cette action qu’il a initiée dans l’Ancienne Alliance, cette action que Dieu accomplit parfaitement en son Fils n’est pas achevée. Dieu s’était choisi un peuple pour que tous les hommes, à partir de la maison de Jacob, deviennent son peuple, lui leur créateur. Dieu va donc rassembler de par le monde, le peuple qu’il veut pour lui.
Ce regard nous découvre deux points importants dans l’évangile. Les Douze qu’il a choisis et rapprochés de lui, le Fils de Dieu, Verbe fait chair, les établit pasteurs pour aller chercher la brebis perdue égarée de la maison de Jacob. La seconde image en plus de celle du pasteur dans lequel il transforme chacun d’eux, est celle du moissonneur qui va rassembler les gerbes éparses qui ont mûri. L’œuvre d’instauration du Royaume de Dieu comprend l’annonce de la Bonne nouvelle, la guérison des malades et l’expulsion des démons, qui est confiée à ce groupe des Douze qui en ont la responsabilité d’abord pour Israël. Ce n’est qu’ensuite, après l’avènement de l’Esprit Saint et à la faveur des persécutions, que la mission s’étendra ad gentes. Jésus, dans sa bonté et par pitié pour tous les hommes, institue ses apôtres afin de poursuivre sa mission.
L’intention de Dieu de constituer un peuple a fait advenir son Fils qui nous a sauvés et rassemblés en un peuple de consacrés. Ce peuple, Dieu lui donne les moyens pour continuer l’œuvre accomplie par son Fils afin de sauver tous les hommes, en commençant par Israël. Dieu ne rassemble pas seulement des interlocuteurs, en assemblant un peuple de sauvés, en nous rachetant, il nous donne à tous la mission d’aller continuer son œuvre. Ces deux images, celle du pasteur qui recherche la brebis égarée et en prend soin, et celle du moissonneur qui rassemble les gerbes ne sont pas exclusives aux prêtres ou à la hiérarchie, c'est la constitution même de l’Église ; cette constitution comme peuple saint inclut nécessairement le mission de représenter ce que nous sommes, la mission d’exprimer partout que tous ensemble nous sommes une assemblée de sauvés, de consacrés, une nation de prêtres (interlocuteurs de Dieu pour lui parler du monde et de nos préoccupations) une race d’élus qui associent tous les hommes et toutes les femmes à son peuple.
L’eucharistie que nous célébrons est vraiment consacrée par le prêtre mais le peuple que nous sommes est celui qui la fait advenir. Chacun apporte son offrande et ses prières. Chacun œuvre à ce que l’assemblée s’accroisse. Chacun est appelé à œuvrer activement à ce que ce peuple de Dieu que nous sommes devienne vraiment ce qu’il est : un peuple de pasteurs, une nation de moissonneurs, une race d’élus rassembleurs !
Ainsi soit-il !