par l'abbé Gad Aïna
Frères et sœurs dans le Christ,
Permettez-moi de vous poser une question : avez-vous une assurance ? Cette question est devenue banale. Se déplacer, voyager, se soigner, et même pour vivre ou mourir, notre société a prévu une assurance. Lorsque nous avons une assurance, nous nous pensons en sécurité ! Lorsque nous voyons les forces de l’ordre et tous ceux qui s’investissent pour nous protéger, nous sommes en sécurité. La sécurité se vend car c’est notre peur qui est rentabilisée. Et nous nous sentons en sécurité car nous achetons un produit pour masquer nos peurs et nos incapacités. Je voudrais profiter de la liturgie de ce dimanche pour aborder la sécurité du point de vue de la foi chrétienne.
La sécurité est en effet l’état d'esprit confiant et tranquille qui résulte du sentiment, bien ou mal fondé, que l'on est à l'abri de tout danger ; ou le caractère qui procure un état d'esprit confiant et tranquille. Alors je vous repose la question, êtes-vous en sécurité ? ou plutôt, vous sentez-vous en sécurité ? ou encore, quelles sont vos peurs et comment les nommez vous ?
Dans les textes de ce dimanche, nous avons des peurs et des craintes qui sont nommées. La première lecture nous parle des craintes du prophète : il est incompris, il est poursuivi, il est persécuté, on complote pour lui nuire, ses proches et ses amis lui en veulent. Il se sent impuissant face à eux. Voilà nommés les tourments du serviteur du Tout-Puissant, serviteur découragé et raillé. Mais Dieu ne lui vend aucune sécurité. Dieu ne le fait pas payer pour être protégé. Dieu ne lui assure même aucune couverture puisque comme on peut l’imaginer pour Jésus, le passage de la passion en vue de la résurrection est inévitable. Et pourtant il pose un geste de sécurité ultime. Le prophète lui-même surmonte sa crainte, il pose un acte de foi, un geste d’abandon total. Il reconnaît Dieu, dominateur, Seigneur de tout ce qui existe ; il demande à Dieu de scruter le fond de son âme et de prendre sa revanche. Dieu devient sa sécurité. Il compte sur lui et s’en remet à lui.
Dieu est la sécurité pour nous. Vous connaissez cette histoire d’un prêtre qui avait pris l’avion. Lors du voyage, alors que les turbulences dues aux orages ne s’arrêtaient pas, l’équipage avait désespérément effectué tout ce qui était en son pouvoir à la fois pour stabiliser l’avion et pour apaiser les voyageurs. Exténué et sans recours, comme il arrive dans ces cas sans issue, le commandant de bord passa ce message : « chers passagers, là où nous en sommes nous n’avons qu’à nous remettre dans les mains de Dieu ». Et le vénérable prêtre, d’un âge certain, de s’écrier : « si nous sommes dans les mains de Dieu, c’est que nous sommes foutus ! ». Parfois, nous les croyants, nous avons plus foi en la médecine, en la science, en nos calculs qu’en Dieu. Les religieux ne sont pas exclus de cet élan du monde, moi en premier, avec les peurs, les craintes, les doutes qui nous écrasent. La sécurité que Dieu est, doit devenir pour nous une réalité. Mais comme nous le disions, Dieu ne vend rien, il ne fait pas de publicité, il ne nous enfarine pas, il ne nous embobine pas, il ne dit pas non plus « vous êtes protégés », il dit plutôt « remettez-vous en à moi», « espérez en moi ». Voilà pourquoi le chant du psaume reprend cette assurance, cette foi, cette confiance : « je te prie Seigneur, c’est l’heure de ta grâce… que ton salut me redresse et je te louerai, je te magnifierai ! » . C’est la foi en Dieu, l’abandon à la sécurité qu’il est, car lui seul peut véritablement nous sauver ; les textes de la liturgie nous invitent à une prière : espérer le Seigneur et son œuvre de puissance et anticiper l’action de grâce car le croyant est sûr que Dieu intervient toujours en sa faveur.
Dans un sens, la peur du péché et du mal, les souffrances et les humiliations que nous subissons nous pèsent et nous font croire ou penser que c’est le mal qui est vainqueur. Nous sommes perdus en écoutant les informations. Nous disons ‘’où va le monde ? Pourrons-nous en sortir ?’’ Ces questions expriment nos peurs que nous ne nommons pas toujours. Saint Paul, dans une réflexion a fortiori, nous explique que si le mal a tant de puissance à nos yeux et que les hommes en sont marqués depuis la faute originelle, la grâce obtenue par le nouvel Adam, le Fils de Dieu l’est bien plus encore ! Si l’homme peut faire autant mal, nous apeurer, nous oppresser, c’est que Dieu peut bien plus et sa grâce surabonde pour notre bien-être et notre salut. Il est notre sécurité.
Je voudrais, frères et sœurs dans le Christ, je voudrais surtout retenir les appels de Jésus à ses disciples dans l’évangile que nous avons écouté : « Ne craignez pas les hommes… ne craignez pas ceux qui tuent le corps et ne peuvent tuer l’âme…pas un seul moineau ne tombe à terre sans que votre Père le veuille… Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus ». Ces mots de Jésus nous interpellent, comme si la peur nous ôtait la conscience de notre dignité, la peur déconstruit notre valeur, l’affolement et le stress permanent nous enlèvent la valeur de notre être. Jésus dit « ne craignez pas ! N’ayez pas peur ! » Dieu ne nous rassure pas avec une assurance payante. Dieu nous demande d’avoir confiance en lui. Dieu nous demande de quitter nos peurs. Dieu nous demande de manifester l’Esprit que nous avons reçu qui n’est pas un esprit de peur. C’est pourquoi en lien avec la confiance, Jésus insiste sur le témoignage. N’ayons pas peur au point de risquer notre vie entière, celle de la terre et celle du ciel.
La foi nous aide à quitter nos peurs aujourd’hui, à éloigner la peur de demain. La confiance en Dieu nous assure la confiance en nous-même et en notre valeur. La confiance en Dieu nous pousse au bon témoignage car Dieu est vraiment celui qui a tout pouvoir, il est notre sécurité. C’est avec lui, le Seigneur, que nous sommes nous-mêmes, que nous surmontons tout. Avec Dieu en nous, avec Jésus en nous, avec l’Esprit Saint de témoignage en nous, de fait c’est nous qui sommes la sécurité du monde, car Dieu est notre sécurité.